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Grâce à un financement du Fonds social européen je suis revenue séjourner à Biella de 2003 à 2004 pour reprendre l’échange avec les ouvrières et les ouvriers sur une base journalière. Pour communiquer avec eux dans cet environnement bruyant, j’ai utilisé un système de fiches et des boîtes aux lettres que j’ai installées dans chacun des treize départements. La première fiche, distribuée en main propre à tous les travailleurs, proposait de choisir une couleur pour peindre les boîtes. D’autres fiches ont ensuite suivi, chacune posant des questions différentes. J’ai finalement remplacé ce système par des appareils photo jetables que les travailleuses et travailleurs pouvaient ramener chez eux. Chaque appareil (une quarantaine en tout) était identifié par une question préalablement recueillie auprès des ouvrières et ouvriers. Ainsi, mes interlocuteurs étaient invités à faire une photographie pour répondre aux interrogations de leurs collègues.

Des chercheurs en sociologie et en psychologie du travail ont été invités à réfléchir à cette expérience, à visiter l’usine et à rencontrer les ouvrières et ouvriers, et le responsable des ressources humaines de l’entreprise lors d’une table ronde. Le projet a donné lieu à une exposition au sein de l’usine ainsi qu’à la publication d’un livre qui a été distribué à tous les employés du Lanificio F.lli Cerruti. Avec les éléments issus des multiples cueillettes menées lors de ma résidence, j’ai ensuite élaboré une installation qui a pris la forme d’une collection organisée et complète.

Équipe de réalisation : Julia Trolp, assistante à la coordination ; Sandra Mariotti, soutien technique ; Sara Conforti, graphisme ; Anna Cairoli, assistante de recherche et supports de présentation ; Mirko Sabatini, montage sonore et technicien d’installation.





Lanificio F.lli Cerruti, Biella. Photo : Raphaëlle de Groot.

Installation de boites aux lettres dans l'usine. 2003. Photo : Raphaëlle de Groot.

Installation de boites aux lettres dans l'usine. 2003. Photo : Raphaëlle de Groot.

Vote pour choisir la couleur des boites. 2003. Photo : Raphaëlle de Groot.

Peinture des boites selon le résultat du vote. 2004. Photo : Julia Trolp.

Boite du département du filage. 2004. Photo : Julia Trolp.

Fiche "De 0 à 5 mots qui représentent votre travail". Numérisation.

Distribution de fiches. 2004. Photo : Julia Trolp.

Récupération des fiches compilées par les ouvrières et ouvriers. 2004. Photo : Julia Trolp.

Boite du département de la teinture. 2004. Photo : Raphaëlle de Groot.

Distribution d'appareils photo. 2004. Photo : Julia Trolp.

Distribution d'appareils photo. 2004. Photo : Julia Trolp.

Distribution d'appareils photo. 2004. Photo : Julia Trolp.

Exposition au sein de l'usine. 2004. Photo : Julia Trolp.

Exposition au sein de l'usine. 2004. Photo : Julia Trolp.

Détail : album avec les photos prises par les ouvrières et les ouvriers en réponse à une question-thème [Quelle est la première chose à quoi tu penses en te réveillant le matin?]. 2004. Photo : Julia Trolp.

Détail : question-thèmes proposées par les ouvrières et les ouvriers. 2004. Photo : Julia Trolp.

Détail : album avec les photos prises par les ouvrières et les ouvriers en réponse à une question-thème [Que fais-tu quand tu es nerveux?]. 2004. Photo : Julia Trolp.

Vue de l'installation présentée au sein de l'usine. 2004. Photo : Julia Trolp.

8 x 5 x 363 + 1

Huit heures de travail par jour

Cinq jours de travail par semaine

Trois cent soixante-trois ouvriers et ouvrières

Une artiste

 

Projet à volets multiples: résidence d’artiste, intervention, installation, table ronde et publication.

 

Avec la Cittadellarte-Fondation Pistoletto, le Lanificio F.lli Cerruti et la Camera di lavoro di Biella.

 

2002-2004

Biella, Italie

Au moment d’entreprendre ce projet, la ville de Biella (Piémont) — dont l’économie et la fierté sont associées au travail de la laine depuis l’époque romaine, semble-t-il — entrait dans une période de crise importante à cause des effets de la mondialisation sur l’industrie du textile en Italie (délocalisation, licenciements secs, augmentation de la précarité, remise en cause du droit du travail).

 

Lors d’une résidence initiale réalisée à Biella à la Cittadellarte-Fondation Pistoletto en 2002, j’ai réalisé un stage d’observation de trois semaines au Lanificio F.lli Cerruti (Tissage Cerruti Frères). Lanificio est le terme italien utilisé pour désigner une usine produisant des textiles à base de laine. Il se distingue par sa chaîne de travail qui prend en charge la matière première depuis son état quasi brut jusqu’à la réalisation complète du tissu. Je rencontrais les travailleuses et les travailleurs tous les jours à l’usine, je suivais leur quart de travail et je mangeais avec eux. Le fait qu’elles/ils me considéraient comme une personne “créative” ouvrait de nouveaux sujets de conversations. Je semblais être perçue comme un terrain neutre à partir duquel elles/ils pouvaient exprimer des idéaux. Cette prise de contact m’a incitée à trouver une manière de prolonger l’expérience.

Bibliographie


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Leblanc, Véronique. «La relation comme espace de négociation entre soi et l’autre: études des pratiques relationnelles». Mémoire de maîtrise en Études des arts, Université du Québec à Montréal, 2009.

Lamoureux, Ève. Art et politique. Nouvelles formes d’engagement artistique au Québec. Montréal: Les Éditions Écosociété, Collection Théorie, 2009, 272 p.

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Giguère, Amélie. « Chercher l’autre, se chercher soi et garder quelque chose de tout cela ». Spirale. Montréal. n° 208 (mai/juin 2006). p. 46-48.

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