Premiers travaux

Archives, 1997-2001: premières expositions et interventions dans l’espace public

Collecte de poussières

Microcosme

Mémoire X99-Y04.25

Collecte d’empreintes et Lectures

Reconnaissance

Ma pratique a d’abord été habitée par des gestes reliés à une saisie du réel — découvrir par le toucher, regarder à la loupe, prélever des empreintes, inventorier, recenser, classer. L’observation attentive intensifiée par des exercices de dessin et par la production d’informations de catalogage (identification, description, dimensions, etc.) me plongeait dans un état de désorientation. Plus j’examinais une chose de près et me concentrais sur ses détails, plus celle-ci semblait m’échapper, devenir autre en quelque sorte. Les mots devenaient inadéquats pour la décrire. Ces moments d’écart, entre un état de perception et l’acte de désigner, entre la dimension de l’expérience et celle du langage et des représentations, rendaient présents à mon esprit différentes façons d’appréhender le monde — par les yeux, par les mains, par la peau ou par la pensée, par exemple.

 

Mes premiers travaux sont en ce sens des “exercices de saisie” qui, à partir d’observations et de gestes concrets, font émerger des dimensions latentes, invisibles, d’un réel toujours situé. Les projets/œuvres s’arriment à des lieux ou des événements spécifiques (ex: bibliothèque publique, anniversaire commémoratif), impliquent une méthodologie ou un procédé particulier (ex: façons de prélever, cataloguer, dessiner) et s’élaborent à partir de traces existantes (ex: empreintes digitales, noms figurant dans un bottin téléphonique, grains de poussière). 

 

Intervention

 

2000 | 2001

Montréal

J’ai réalisé l’intervention Collecte de poussières à deux reprises suivant une procédure qui variait selon le contexte. La première fois, elle s’est déroulée sur une période d’un mois, dans un commerce vacant du quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal (L’algèbre d’Ariane, Dare-Dare, 2000). Je recueillais alors des résidus sur le lieu de l’événement pour ensuite dénombrer les particules de chaque échantillon et les consigner dans un cahier. Graduellement, les enfants du quartier ont commencé à augmenter ma collection en m’apportant de la poussière de leur maison dans des sacs Ziploc. La deuxième intervention a eu lieu sur deux jours, au square Cabot dans le centre-ville Ouest de Montréal (Gestes d’artistes, Optica, 2001). Je récoltais alors mes échantillons en fonction d’un quadrillage au sol. Parallèlement à la collection des particules, je notais cette fois les réactions des passants.

 

Collecte

de poussières

 

 

Microcosme

Action ; installation

 

Le Lobe

Chicoutimi, Québec

2000

J’ai réalisé Microcosme dans le contexte d’une résidence d’artiste au centre Le Lobe, à Chicoutimi. J’avais alors entendu parler de cette localité comme d’une “ville test” utilisée par des entreprises pour mettre à l’épreuve des stratégies de marketing ciblées autant que de nouveaux dispositifs technologiques (ex: guichet automatique, paiement Interac). Les résidents de Chicoutimi constituaient apparemment un échantillon représentatif des Québécoises et Québécois dits “de souche”. M’intéressant à ce phénomène et au caractère impersonnel des statistiques qui le décrivent, j’ai “bricolé” ma propre méthode de recensement. Dans le bottin téléphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, édition 1999-2000 (annuaire régional), j’ai découpé les inscriptions de chacun des résidents de Chicoutimi pour les reclasser par nom de rue et par adresse. Par la suite, j’ai procédé à la lecture des noms en fonction de la carte de la ville, suivant un parcours réalisable à pied. Lors de l’exposition, la bande sonore de cette lecture accompagnait la liste des habitants présentée sous la forme de bandelettes correspondant chacune à une rue et épinglées au mur en ordre alphabétique de nom de rue. J’ai également sillonné certains quartiers de la ville avec les noms des habitants en main. Je m’arrêtais devant chaque demeure pour lire à voix haute le nom du résidant et son adresse et faire une description de la façade de sa maison, cela en m'enregistrant.

 

 

Mémoire

X99-Y04.25

Intervention

Place D’Youville 

Montréal, Québec

1999

Organisée à l’invitation du Centre d’histoire de Montréal, l'intervention Mémoire X99-Y04.25 réactivait par un marquage au sol l’histoire méconnue du site du premier parlement du Canada-Uni : la place d’Youville, utilisée à ce moment comme espace de stationnement (1999). En 1849, alors que Montréal était capitale, le parlement — hébergé dans l’édifice du marché Sainte-Anne qui se trouvait à cet emplacement — s’est vu incendié par des émeutiers tories mécontents d’un projet de loi visant à indemniser les victimes du soulèvement des patriotes (1837-1838). Témoignant des vives tensions entre les communautés anglophone et francophone de la ville, l’événement est longtemps demeuré occulté. Rien en effet ne rappelait sur les lieux le contexte historique et politiquement chargé de l’incendie. Évoquant la notation de coordonnées (X ; Y), le titre de l’intervention en soulignait le 150e anniversaire (25/04/1999).

 

Je me suis intéressée au site comme trou de mémoire, cherchant à recomposer par bribes et fragments de texte les multiples états et événements qui en ont marqué l’identité depuis le paysage premier jusqu’à l’incendie du parlement. Un archéologue m’a aidée à repérer, à la surface du stationnement, les indices des vestiges  dormant sous l’asphalte (égout collecteur William, fondations du marché Sainte-Anne). J’ai souligné leur emplacement avec des lignes de peinture oranges et bleues et transcrit, avec de la peinture blanche, des extraits des écrits que j’avais consultés. Pour la durée de mon intervention, l’accès au stationnement était fermé aux voitures. Par la suite, le marquage est disparu de lui-même au gré de la météo et de la circulation des véhicules.

 

 

Collecte

d’empreintes et Lectures

Intervention ; installation ; livre d'artiste

Bibliothèque centrale de la Ville de Montréal et Centre des arts actuels Skol

1998-1999

Pour Collecte d’empreintes, j’ai prélevé sur la couverture des livres de la Bibliothèque centrale de la Ville de Montréal les empreintes des usagers au moyen de la méthode policière (1998). À la suite de cette intervention, j’ai entrepris de cataloguer les empreintes. À l’aide de lentilles grossissantes, j’ai effectué au Centre des arts actuels Skol des lectures des relevés en exécutant des dessins «à l’aveugle», sans regarder ma main travailler (Lectures, 1999) . Quatre albums m’ont servi à archiver les 160 empreintes accompagnées de mes observations sous forme de descriptions et de tracés variés.

 

 

Reconnaissance

Exposition

Dare-Dare, Montréal, Qué.

1997

Dans l’exposition Reconnaissance, des empreintes de ma peau (acrylique sur acétate) étaient projetées sur une table où reposait un relief mou (pâte de sel contenue dans une enveloppe de latex) que les visiteurs pouvaient toucher. Un lecteur à microfiches permettait de visionner des empreintes de mon corps. Réalisées avec un masque à peler, celles-ci étaient conservées dans des pochettes de plastique identifiées (bouche, coude, genou, joue, mollet, etc.) et classées dans un cartable à la manière d’un index. Dans un travail vidéo, j’avais recouvert la lentille de la caméra d’une pellicule de latex pour performer sur cette surface différentes actions (l’effleurer, y enfoncer un doigt, la piquer d’une aiguille, y frotter mon visage, etc…). Les écrans des moniteurs de l’installation semblaient ainsi devenir des surfaces sensibles, habités par une présence.